Interview d’Arnaud Valette, concept artiste freelance

Issu de l’école Supinfocom, Arnaud Valette est un concept artiste freelance qui oeuvre dans l’industrie du cinéma depuis 2007 (Man of Steel, Prometheus, Harry Potter et le Prince de Sang Mêlé, X-Men : Le commencement). En véritable passionné de cinéma, l’artiste mise sur un éventail d’univers très large pour mieux trouver sa propre voie. Rencontre.

Concept art et cinéma, l'image au service d'une vision...

MARINE MACQ : Outre ton évidente passion pour les arts graphiques, ton parcours démontre un goût tout particulier pour le cinéma. Quelles en sont les origines ?
ARNAUD VALETTE : Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été attiré par les films et leurs contenus. Etant né dans les années 80, j’ai grandi avec une bonne dose de films d’actions tel que Predator, Terminator ou encore la trilogie Die Hard, et c’est ce genre de films qui m’a donné ce goût prononcé pour le cinéma. J’ai ensuite découvert les mangas, tel que Akira ou Ghost in the Shell, et les séries animées comme Dragon Ball ou Ken le survivant. J’ai aussi passé trois ans en Université à étudier l’histoire de l’Art, les peintres, les sculptures. Ce sont toutes ces influences qui ont fait de moi l’artiste que je suis aujourd’hui. Surtout, c’est ce format qui me parle le plus en termes de narration, de rythme et de communication à une audience.

M.M : Tu suis des études en arts visuels pendant trois ans avant d’intégrer Supinfocom. Ces formations t’ont-elles permis de te préparer aux attentes de l’industrie ? Quelles étaient tes propres attentes en la matière ?
A.V : Au total, j’ai étudié 5 ans les arts graphiques et l’imagerie 3D donc je ne peux pas dire qu’elles ne m’ont pas servi dans l’industrie du film ! Elles m’ont surtout permis de rencontrer d’autres élèves qui avaient les mêmes goût que moi. Je n’ai pas été proprement formé à faire du concept pour l’industrie du film, mais davantage à avoir une vision globale. Aujourd’hui il est bien plus facile de trouver une formation en ligne qui prépare davantage au métier du concept art. Il suffit de quelques clics et vous avez accès à une multitude de tutoriels. Je dirais donc que je suis un autodidacte du concept, puisqu’il n’y avait pas d’école spécialisée à proprement parler, et que ce sont ma motivation et ma discipline qui m’ont permis d’être là où j’en suis aujourd’hui.

M.M : En 2007, tu entames ta carrière professionnelle en tant que modeleur/textureur artiste pour un studio d’animation espagnol, Pasozebra. Comment s’est passée ton entrée dans la profession ?
A.V : J’ai commencé ma carrière juste après avoir été diplômé de Supinfocom, dans un studio toulousain TATProd, et j’étais en charge de créer la charte graphique du court métrage qu’il réalisait à l’époque (Spike). Mais pour des raisons budgétaires, ils ont arrêté le film et ne l’ont fini que des années plus tard. Les choses ont évolué très vite après ça, et je suis parti en Espagne rejoindre un très bon ami qui travaillait déjà à Pasozebra. Tout s’est bien passé étant donné que c’est une boite assez familiale dans l’esprit, je suis resté là-bas environ 8 mois pour réaliser des publicités de télévision espagnoles.

M.M : Tu te spécialises ensuite davantage vers le concept art, d’abord à travers quelques expériences londoniennes, puis au travers de ton évolution chez MPC (de 2008 à 2013). Tu vas alors œuvrer sur de nombreuses grosses productions : pour n’en citer que quelques-unes, Man of Steel, Prometheus, Harry Potter et le Prince de Sang Mêlé, X-Men : Le commencement, etc. Peux-tu nous raconter à quoi ressemblait ton quotidien chez MPC : quelles missions avais-tu dans le développement de ces projets ?
A.V : J’ai commencé à MPC en tant que texture artiste, puis je suis passé au rôle de lead texture artiste et concept artiste. J’étais chef d’équipe pour faire plus simple. Mon rôle consistait à emmener un groupe d’artistes à atteindre la vision du VFX Supervisor. En plus de manager, j’avais aussi la charge de réaliser des concepts pour les créatures des projets sur lesquels je bossais !

M.M : D’ailleurs, parmi toutes ces productions, quelle est celle sur laquelle tu as pris le plus de plaisir à travailler ? Peut-on avoir quelques détails sur le projet en question et ton rôle à jouer ?
A.V : C’est dur à dire parce que pendant ma période à MPC, j’ai dû participer à plus d’une vingtaine de projets, sans compter les pitchs dont je ne peux toujours pas parler. Mais je dirais La Colère des Titans, enfin le deuxième volet Le Choc des Titans, parce que j’ai réalisé certains concepts pour les créatures du film qui ont servi à leur réalisation finale.

M.M : L’année 2015 marque le début de ta collaboration avec Framestore, studio que tu intègres en tant que creature designer pour la pré-production du film Les Animaux Fantastiques. A quelle direction artistique répondais-tu pour ce titre ? Comment as-tu tenté d’y répondre ?
A.V : J’ai travaillé à distance pendant six mois sur ce projet en collaboration avec le Art Department de Framestore. Je devais répondre aux attentes d’un Art Director et d’un VFX Supervisor rattachés au projet. J’ai réalisé beaucoup d’images, peut-être une cinquantaine, mais seulement quelques unes ont vu le jour dans le artbook : c’est une réalité à admettre quand on travaille sur ce genre de projet, toutes ne peuvent pas sortir. Le client m’a envoyé le brief d’une des créatures, l’idée étant de produire des sketches soit en 2D avec Photoshop/ZBrush, soit une combinaison des deux avec l’ajout de photobashing lorsqu’un concept plaisait au VFX Supervisor.

M.M : Alternativement, beaucoup de contrats vont se succéder par la suite, dû à ton statut de concept artiste freelance (Academy Films, Prime Focus World, Netflix, Axis Animation ou encore Trixter). Dans le cadre de Trixter par exemple, tu vas participer à la conception du titre Les Gardiens de la Galaxie 2. Dis-nous en plus sur cette collaboration ?
A.V : Ca a été une expérience vraiment très enrichissante, je suis parti un mois et demi à Munich pour travailler sur ce projet et rejoindre l’équipe de Trixter. Le travail à distance était impossible à cause de la sécurité imposée par le studio Marvel. Nous étions deux concept artistes sur ce projet avec des missions différentes et nous sommes intervenus au niveau de la post-production. L’une de mes missions principales était de designer un portail temporel qui permettrait à nos amis les Gardiens de sauter d’univers en univers ! Les illustrations que j’ai produites sont présentes dans le artbook du film.

M.M : Il me semble d’ailleurs que parmi tes nombreux commanditaires, on trouve Double Negative pour la production du film à succès Wonder Woman. S’agissait-il de early concepts ou intervenais-tu plus tardivement dans son échelle de production ?
A.V : Oui j’ai en effet travaillé sur Wonder Woman ! Un travail assez court mais intéressant, j’étais en contrat freelance avec Double Negative. Je suis donc intervenu en post-production, ma mission étant de travailler sur un FX facial du général Ludendorff. Ca fait partie intégrante du travail de concept artiste : dans un environnement VFX, vous devez aider certains départements tels que les FX TD à représenter une certaine idée.

M.M : Aujourd’hui, tu officies en tant que concept artiste freelance pour Legendary Entertainment, une major américaine axée sur le cinéma, la télévision et les comics. Aussi, quels sont les projets sur lesquels tu travailles actuellement (sous réserve de NDA) ?
A.V : Je suis sous contrat donc je ne peux malheureusement rien divulguer, peut-être d’ici un an ou deux. Sinon à côté de cela, je suis mentor pour une école en ligne, Institut Artline, et je travaille toujours sur mes projets lorsque j’ai le temps !

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Le choix du multivers artistique...

M.M : Pour le moment, tu œuvres principalement pour l’industrie cinématographique, mais envisages-tu de t’essayer à d’autres médias tel que le jeu vidéo par exemple ?
A.V : Si un jour j’en ai l’opportunité avec plaisir ! Les deux industries sont assez différentes en termes d’approche : un portfolio pour le cinéma ne va pas toujours pour l’univers du jeu vidéo…

M.M : A quoi ressemble ton univers artistique personnel ? Que cherches-tu à représenter, autant qu’à exprimer ?
A.V : J’ai un univers personnel assez varié, je ne reste pas ancré dans un seul style. Je touche à la science-fiction, au creepy, aux créatures fantastiques, tout ça pour avoir un éventail assez large lorsque j’ai du travail professionnel à réaliser. Il est important de ne pas rester figé sur un seul thème ! Il y a tant d’univers à explorer que je préfère en avoir étudié un maximum avant de m’arrêter sur un en particulier.

M.M : En matière de concept art, à quoi es-tu le plus attentif lorsque tu composes une image ?
A.V : Pour moi le lighting, le storytelling et la dynamique sont les points les plus importants pour vendre une idée ! Et il y a sans doute un côté intuitif après toutes ces années. Si vous avez une réflexion sur comment les choses fonctionnent entre elles, l’image ne pourra que marcher dans sa globalité. Il est crucial de montrer un design qui tienne la route, sans ça votre image n’aura que très peu d’effet. L’étape du ligthing est tout aussi importante que celle de la recherche de références, si ce n‘est plus.

M.M : Quels sont les outils que tu utilises pour tes créations numériques ? Ces derniers ont-ils un lourd impact sur le résultat final ou es-tu assez libre vis-à-vis de la technique ?
A.V : Dans mes projets personnels et professionnels, je fais appel à Photoshop, 3dsmax, ZBrush, Keyshot et Vray. L’éventail de ces outils autant 2D que 3D me permettent de résoudre la majorité de mes missions. C’est un workflow flexible qui me permet des aller-retours en permanence si le client souhaite changer un éclairage ou un cadre. La 3D m’apporte une flexibilité que je ne retrouve pas en 2D, comme la possibilité de réaliser plusieurs angles de caméras ou des lightings différents dans un lapse de temps très court.

M.M : Parmi tes projets personnels, on découvre certaines compositions architecturales à l’ambiance très marquée, à l’exemple de The city that never sleeps. Peux-tu nous en dire plus sur cette création, quelles émotions souhaitais-tu générer ?
A.V : C’est probablement l’une de mes pièces favorites, j’ai appris beaucoup de choses techniques sur mon workflow en la réalisant et je me suis aussi beaucoup amusé. Je voulais simplement créer une composition qui soit à mi-chemin entre les univers de Blade Runner et Ghost in the Shell

M.M : Quels sont les artistes (tous médias confondus) qui t’inspirent au quotidien ? Qu’apprécies-tu particulièrement dans leurs œuvres ?
A.V : Je me suis récemment replongé dans la lecture du bien connu manga Akira. C’est une source d’inspiration intarissable et je reste toujours très impressionné par la qualité de cette œuvre. Je dirais que l’inspiration se cache dans tout ce que j’arrive à me mettre sous les yeux, dans la mode, le car design, la nature, tout ce qui touche de près ou de loin à une esthétique graphique. Et c’est pour ça que j’utilise beaucoup Instagram, c’est une source d’inspiration infini : si on fait le tri, on peut y trouver des trésors.

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