Tout l’art de Bastien Grivet

Lorsqu’il est question de digital painting, il est des artistes dont on ne saurait taire l’art et la manière tant ils participent à l’émulation de la scène artistique française. Parmi eux, le directeur artistique, compositeur et concept artiste Bastien Grivet, dont la passion constitue le principal moteur de créativité.

 

Aux origines d'une passion

Si Bastien Grivet anime la scène artistique française depuis 2008, ce dernier est originaire de Suisse où il poursuit des études aux Arts Décoratifs de Genève. Il se forme ensuite en autodidacte au digital painting avec une envie : celle de côtoyer le cinéma. Comment dès lors comprendre les origines d’une passion ? Influencé par les grands maîtres de la peinture et leurs compositions monumentales, ce sont avant tout les paysages suisses qui nourrissent et façonnent le regard de l’artiste : « Le cadre où l’on grandit a toujours une énorme influence sur soi, dire le contraire serait une erreur. » Aussi, tout comme ils ont pu constituer les thèmes privilégiés des peintres romantiques deux siècles auparavant, ce sont des montagnes, des lacs, et des forêts qui peuplent l’œuvre de Grivet dans un éternel retour aux sources, un « biberon maternel » se plait-il à dire. Outre son pays natal, les origines de sa passion sont à trouver dans le carré familial, d’abord à travers la pratique musicale de sa mère qui lui donne le goût de la composition, ensuite à travers la profession de son père, alors chargé des décors au Grand Théâtre de Genève. Enfin, comme pour toute une génération, la passion semble née d’une admiration pour la machine cinématographique qui, à l’aube des effets spéciaux, a fait naître une magie visuelle opérante et spectaculaire (Star Wars : La guerre des étoiles de George Lucas, ou encore Jurassic Parc de Steven Spielberg).

 

Des premières références aux premiers pas

Dès ses premiers pas de digital painter, Bastien Grivet se nourrit de nombreuses références stylistiques, alimentées par les artbooks de la bibliothèque familiale et les ressources du forum Café Salé (alors premier portail français entièrement consacré à la création graphique et son partage). Or, on trouve parmi ces mêmes références des personnalités qui animent la scène artistique mondiale depuis plusieurs décennies. Notamment, le peintre et illustrateur suisse Christian Scheurer qui a contribué à la production de films à succès tels que Titanic (James Cameron), Matrix (Andy et Larry Wachowski) ou encore Le cinquième élément (Luc Besson). L’éminent directeur artistique Nicolas Bouvier, alias Sparth, qui officie comme pilier de l’industrie vidéoludique depuis 1996 (Alone in the dark 4, Prince of Persia, Assassin’s Creed, Rage, Halo). Mais également, et pour n’en citer que trois, le concept artiste et digital matte painter Dylan Cole, à plusieurs reprises récompensé pour son apport au design dans l’industrie cinématographique (Avatar, Tron : Legacy, Transformers : Dark of the Moon, The Lord of the Rings, Superman Returns). Toutes ces inspirations vont avoir une influence majeure sur l’identité styliste de l’artiste, inspirations auxquelles nous sommes tentés d’ajouter le designer et illustrateur américain Iain McCaig, bien que dans une temporalité plus proche de la nôtre.

Aussi Bastien va-t-il quitter la Suisse pour la France et intégrer dès 2008 le studio Ubisoft, alors en pleine production d’un jeu actuellement très attendu : Beyond Good and Evil 2. Bien que le projet ait été annulé, sa production a malgré tout permis au concept artiste de faire ses armes au sein de l’équipe artistique dirigée par Michel Ancel. L’occasion pour lui de développer son univers autant que ses connaissances de l’industrie et de ses techniques. Par la suite, Grivet est contacté par le directeur artistique Alexis Briclot, et démarre une collaboration avec le studio DontNod Entertainment pour la conception visuelle de Remember Me (2012) : un jeu qui nous projette en plein coeur d’un Paris néo-futuriste sous les traits d’une jeune femme amnésique, contrainte de démanteler le complot dont elle est victime pour espérer recouvrer son identité. Une étape parisienne suivie d’un retour à Ubisoft, mais la malédiction frappe encore et le projet en cours se voit à nouveau abandonné. Néanmoins, il en faudra plus pour décourager l’artiste qui, aux côtés de son actuelle compagne et collègue Jessica Rossier, fait une escale dans l’industrie cinématographique au Canada pour renouer avec sa passion originelle. Forts de cette expérience, tous deux reviendront en France et s’installeront à Montpellier, marquant alors le début d’une nouvelle étape dans la carrière du créateur : celle de Wardenlight Studio.

 

Wardenlight à la conquête de l'industrie

C’est en 2013 que Bastien fonde Wardenlight aux côtés de Jessica Rossier, un studio de création qui se spécialise dans le développement visuel de productions multiples. Or, ces derniers vont très vite attirer des commanditaires de renom, tous issus de l’industrie du jeu vidéo, de l’animation, du cinéma et ses effets spéciaux. Situé à Montpellier, le studio participe tout d’abord à l’émulation de l’un des principaux pôles de création vidéoludique français (Ubisoft, DigixArt, The Game Bakers) tout en travaillant à distance pour le compte de studios aux franchises mondialement connues. L’exemple le plus représentatif est sans nul doute leur collaboration avec Activision pour la production du jeu Call of Duty : Black Ops III. Wardenlight conçoit en effet sous la direction artistique de Colin Whitney une part essentielle du travail de concept art, en charge de donner vie aux différents environnements du jeu. Le résultat se situe entre un design au style très futuriste et des inspirations de formes architecturales héritées, telles que la pyramide ou la citadelle. Mais l’on ne saurait oublier la passion première de Bastien pour le cinéma : celui-ci va alors œuvrer pour des acteurs majeurs de l’industrie filmique (Warner Bros, Twenty Fox Century), ainsi qu’en atteste le travail fourni pour la production du film de Juan Solanas Upside Down (2013), un film dont le scénario se veut défier les lois de la gravité.

Ambitieux mais prometteur, le dernier projet en date de Wardenlight n’est autre que Spiderman : Into the Spider-verse, une production signée Sony Pictures Animation annoncée pour la fin de l’année 2018. Contacté par le directeur artistique Alberto Mielgo (Tron : Uprising), on ne doute pas que le style personnel de Bastien Grivet, aux frontières de l’illustration, a su séduire les équipes artistiques pour dépeindre la vie de l’homme araignée dans un véritable hommage aux comics originaux. Tous deux partagent en effet un goût prononcé pour la couleur, et un sens du mouvement qui se tisse pour l’un comme pour l’autre sur la toile.

 

Une approche de la créativité

Peut-être connaissez-vous ce jeu vidéo de Campo Santo produit en 2016, et très simplement intitulé Firewatch ? Celui-là même qui vous emmène faire une balade en forêt dans un univers graphique empreint de chaleur fauve, leurs concepteurs ayant été directement inspirés par les montagnes de la Sierra Nevada pour leur création ? Et bien, sans doute l’œuvre de Bastien propose-t-elle une expérience similaire, à ceci prêt que nous sommes dans les montagnes suisses, loin des étendues sauvages du Wyoming.

Générosité visuelle, formes stylisées, couleurs acidulées mais toujours nuancées : l’univers graphique de Bastien est un bonbon visuel qui se lit sur le palais. En effet, si l’artiste goûte dès ses débuts au photoréalisme, quasi inhérent aux productions dites triple A, son style personnel évolue quant à lui vers un rendu graphique très stylisé voire illustré. En effet, il s’agit avant tout pour ce dernier de rechercher le trait qui fera l’illustration. « Je ne pense pas en maison, en bouteille, en bateau ou autre, je pense en formes.» Or, penser les formes, c’est voir les choses et saisir ce qui les compose pour ne retenir que l’essentiel. Un pixel art exacerbé ? Non. Seulement la capture de l’essence formelle par le regard pour plus de force narrative et descriptive. Bastien Grivet, c’est également la volonté de s’affranchir d’une palette de couleurs trop restrictive pour lui préférer l’audace et la poésie visuelle, autrement dit la libération de la couleur au profit de l’expressivité. Cet équilibre naissant entre stylisation de la forme et nuancier fauve n’est pas sans rappeler la rondeur de l’art nouveau, son esprit de synthèse et ses lignes courbes, influence tout à fait compréhensive lorsque l’on rappelle la formation qu’a suivi Bastien aux Arts Décoratifs de Genève.

Cependant, cette osmose visuelle n’est pas seulement due au style graphique déployé par l’artiste. Elle résulte également de son sens de la composition qui confère du corps à la narration visuelle, ou story telling : « chaque élément graphique qui compose l’image doit aller avec l’autre pour faire sens, c’est un tout. » En effet, ce qui distingue la belle illustration de l’illustration réussie sera toujours sa capacité à faire sens, soit emporter l’imagination de celle ou celui qui la contemple. Par exemple, si la plupart des compositions environnementales de Bastien Grivet font la démonstration d’une nature puissante et vertigineuse, cette dernière enserrera toujours les personnages sans jamais les perdre ou les écraser, et ce grâce à un jeu d’échelles et de lumières contrasté. Il en est de même pour des scènes de vie quotidiennes plus intimistes, où Grivet capture le moment dans sa simplicité la plus totale pour évoquer en nous quelque chose de l’ordre du vécu. Des compositions qui suscitent donc de nombreuses questions sans jamais en imposer les réponses. L’approche créative de Bastien Grivet est alors celle de la « machine à rêve » qui vise à nous faire croire sans réticences, ou, pour le dire autrement, à restaurer notre âme d’enfant.

Marine Macq

 
 
 

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